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les Ateliers de la rue Voot sont féministes, résolument féministes et n’ont pas peur des mots!

Et voilà que tout à coup, comme par enchantement ou par miracle, nous nous retrouvons tous à interroger, scruter, analyser nos façons de considérer et de traiter les femmes, chacun dans notre intimité, dans notre quotidien, dans nos univers professionnels, collectivement dans toutes les sphères de nos réalités sociales et relationnelles. Et dire qu’il n’aura fallu que quelques hashtags pour que, sous nos latitudes en tout cas, les langues se délient et pour que des réalités enfouies se fassent jour.

Le XXe siècle et le mouvement féministe sont pourtant passés par là, et si c’est de haute lutte que les femmes ont obtenu le droit de vote, de travailler, de disposer de leur corps, celui d’ouvrir un compte bancaire sans autorisation préalable… elles n’ont pas encore obtenu celui d’échapper aux regards concupiscents, aux railleries sexistes, aux petites discriminations machistes, de ne pas être importunées dans l’espace public, et plus dramatiquement, d’échapper au harcèlement et à la violence sexuelle.

Et dans le champ artistique ? Ne nous berçons pas d’illusions, la femme a (eu?) bien du mal à trouver (gagner?) sa place, une place autre que celle d’être représentée, reléguée au rang d’objet/sujet, voire de motif, presque toujours réduite à sa plastique.

C’est dans la dynamique portée par tous les mouvements d’émancipation qui ont animé le XXe siècle, que les femmes sont entrées sur la scène artistique et ont gagné leurs galons d’artistes, en même temps qu’elles ferraillaient pour obtenir l’égalité politique, économique, culturelle, personnelle, sociale et juridique avec les hommes. Mais il n’est pas inutile de rappeler ce constat interpelant et alarmant que dressaient les Guerrilla Girls en 2005: «Moins de 3% des artistes de la section art moderne sont des femmes mais 83% des nus sont féminins».¹

Dans le sillage de la grande déferlante émancipatrice, les centres d’expression et de créativité ont vu le jour. Il n’y a pas de hasard. Ils faisaient le pari que les pratiques artistiques et créatives allaient contribuer à faire sauter quelques verrous antédiluviens sur lesquels reposaient toutes les formes d’inégalités. Le pari n’est certes pas encore gagné, les archaïsmes ont la peau dure, l’actualité vient nous le rappeler avec force. Et si nous nous étions bercés de quelques illusions, voire de quelques certitudes, elles viennent en tout cas de se fracasser spectaculairement sur la réalité vraie.

À charge dès lors, pour les institutions comme les Ateliers de la rue Voot – un des plus anciens centre d’expression et de créativité de la Communauté française – de s’emparer du débat quand il survient, à défaut de l’avoir fait advenir. Le projet des Ateliers de la rue Voot a pour fondements les droits humains en général, les droits culturels en particulier et la conviction que toute action doit s’inscrire dans une perspective de développement durable. Alors, modestement, dans le cadre d’ateliers artistiques ou de mécanique vélo², des participants, stagiaires, animateurs, artistes, techniciens, interrogent toutes les représentations ou les pratiques, ici du déterminisme supposé des genres ou là des reliquats anachroniques de nos sociétés patriarcales. La volonté d’en faire un chantier pour une saison à venir est en discussion car le défi est immense, à la hauteur de l’enjeu, celui de contribuer à bâtir une société non ostracisante, incluante et épanouissante.

Marina Cox
Bruxelles, février 2018

  1. Statistiques du Metropolitan Museum of Art, New York City
  2. Répondant à l’appel à projet «les femmes à vélo» initié par le SPF Mobilité, les ateliers participatifs de mécanique vélo ont mené en 2017 une première action notable : la mécanique vélo au féminin. https://mobilit.belgium.be/fr/nouvelles/nieuwsberichten/2017/appel_projets_les_femmes_velo
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