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Le journal d’une saison inachevée

quand le présent est inédit et l’avenir incertain…

Ici on nous a enjoints de repenser l’avenir, là de nous remettre à la tâche au plus vite pour que la machine (manifestement pas si bien huilée que ça) soit relancée, et surtout de ne rien changer.
Ici on a nous prédit qu’il y aurait un avant et un après, que l’après Covid-19 serait solidaire ou ne serait pas, on nous a annoncé parfois même un retour fracassant de l’État, la réévaluation des priorités, une redéfinition de ce qui fait société ; là, au contraire on a prévu qu’on allait entrer en fanfare dans un modèle du tout numérique, réduisant au passage nos échanges à l’usage des tablettes et des smartphones, porté par ce même système qui n’a d’autre obsession que l’économie des coûts dont on mesure cruellement où elle nous a menés…
Nos lendemains seraient donc prometteurs ou alors et à l’inverse, sombres et en tous points comparables à ceux qui firent suite aux grandes crises du passé. Allez savoir…

Aux Ateliers de la rue Voot nous nous sommes bien gardés de toute prédiction hasardeuse.
Mais nous nous autoriserons quand même à poser un regard critique sur l’épisode que nous avons traversé car il n’a échappé à personne que cette crise sanitaire aura fait apparaître de manière criante combien le système, notre système, est intrinsèquement vulnérable, qu’il chancèle en à peine quelques semaines tant est grande notre impréparation. Mais ce moment n’est pas encore venu et, encore sidérés, nous attendrons de pouvoir, de façon créative, la nôtre, proposer un éclairage, un point de vue. Et en attendant de tirer collectivement les conséquences de nos manquements, feignons de croire que feront amende honorable ceux qui, depuis les années 1980, par pure idéologie (ou intérêt ?), nous ont vendu comme seul modèle de société pensable, possible et viable, le libéralisme et son bras armé, l’économie de marché, financiarisée-globalisée-qui-se-régule-d’elle-même.

Aux Ateliers de la rue Voot, prudemment confinés, nous avons vécu cet épisode et observé combien il a mis mal les fondements de notre projet, un projet qui repose d’abord et avant tout sur le lien social, l’échange, le vivre et le faire ensemble, à portée de voix, une entreprise qui s’escrime au fil des ans à construire une communauté d’individus rassemblés autour de valeurs. Rien de virtuel ici !
Nous voulons croire que ce monde-là n’est pas révolu, qu’il ne sera pas remisé par les tenants du tout numérique ou tout bonnement balayé quand les arbitres budgétaires de tout poil – une fois revenus sur le devant de la scène – seront à la manœuvre.

Après avoir suspendu toutes nos activités dès le 14 mars, nous avons comme tant d’autres partagé, sur toutes les plateformes à disposition, suggestions et propositions pour vivre le confinement de manière plus douce et en ne renonçant pas pour autant à ce qui fait notre raison d’être : la création, l’échange, la réflexion, la découverte.
Notre équipe a imaginé dans l’urgence de nouvelles façons de mener des ateliers d’écriture, de dessin, de photographie… pour faire lien, pour que nous ne finissions pas confinés en nous-mêmes, pour rompre avec cette forme inédite de réclusion, pour la grande majorité d’entre nous en tout cas, pour que nos préoccupations et nos ambitions ne rétrécissent pas.

D’une saison inédite et inachevée, il demeurera des travaux en cours, des projets en chantier, d’autres à peine esquissés voire avortés. Nous avons choisis de les rassembler ici pour en conserver une trace tangible, en partager le souvenir.
Pour mémoire.

Marina Cox
juin 2020

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